Aux derniers championnats valaisans, romands et suisses, deux figures du CN Sierre ont raccroché le bonnet de compétition. Célia et Ethan, chacun à leur manière, ferment un chapitre qui aura marqué le club ces dernières années. Retour sur deux parcours, deux façons bien différentes de dire au revoir, accompagnés de Simon, dont la route plus sinueuse fut tout aussi marquante.

Pour sa dernière course individuelle, Célia s’est offerte une finale au 200m brasse aux Championnats romands, portée par les encouragements du bord de bassin. Une belle manière de passer le drapeau à damier pour celle qui a brillé autant par ses résultats, par son engagement et par la logévité de sa carrière. « En nageant, j’avais les larmes aux yeux », confie-t-elle. La suite s’est jouée en relais, aux côtés de ses coéquipières, sans doute meilleure façon de conclure une carrière construite collectivement autant qu’individuellement.

De l’autre côté de la ligne d’eau, Ethan parle d’abord de reconnaissance : cinq ans passés « à vivre dans le CNS », sans la moindre once de regret sur cette expérience. Une expérience plus courte, mais intense. Ethan a commencé la natation sur le tard, à 14 ans, un âge où les futurs compétiteurs sont souvent déjà bien expérimentés. Cela ne l’a pas empêché de devenir, en quelques saisons à peine, l’une des références du CNS, empilant les records au fil des compétitions. Sa décision de raccrocher ne doit donc rien à un passage à vide sportif — ses résultats, dit-il lui-même, n’étaient « pas mauvais ». C’est ailleurs qu’il faut chercher : la motivation qui s’est déplacée, d’autres projets qui occupaient désormais ses pensées. Plutôt que de s’entêter, il a choisi de s’arrêter, au sommet, en gardant le plaisir intact.

Un départ n’est cependant pas toujours définitif. Simon le sait, lui qui est parti adolescent et revenu adulte. Seulement quelques saisons sont passées, et pourtant ni lui ni le CNS n’étaient les mêmes. C’est ce qui lui a donné cet élan, tout en lui permettant de vivre ces moments forts avec ses coéquipiers. Apprécié par ses nageurs comme par ses coéquipiers et entraîneurs, il restera, lui aussi, pour former la relève.

Les moments qui restent

Onze ans de compétition, forcément, ça laisse des traces. Parmi les 115 meetings auxquels elle a pris part, Célia se reméore ses premières finales romandes, à Lancy, en 2018. « Je n’ai fait que des MPP (meilleures performances personnelles, ndlr). C’était génial ». Un grand moment en équipe aussi, lors du relais 4x100m 4 nages qui a clôturé le week-end des championnats suisses à Sursee en 2022 avec avec Maéva Pobelle, Celia Fuochi et Valentine Perruchoud, un vieux record du club tombé en équipe. Et cette longévité n’enlève rien au progrès, puisqu’elle est passée tout récemment en-dessous des 1’20 au 100m brasse. De son côté, Ethan retient ses records, non sans souhaiter qu’ils soient « rapidement explosés par les jeunes talents qui arrivent chez les petits ». On n’en doute pas moins.

Bien que les résultats soient pour la plupart individuels, la natation se pratique en collectif, aussi de nombreux souvenirs qui restent sont ceux créés hors de l’eau chlorée. Même les mauvais : un bus manqué un matin de compétition, des caramels chipés à la réception de l’hôtel, et un kilomètre de papillon en guise de punition. « Heureusement, mes techniques pour se ravitailler en toute discrétion se sont améliorées au fil des années ! », s’amuse Célia aujourd’hui. Ethan se souvient aussi des instants partagés, surtout de l’amitié construite au fil du temps avec Célia et Simon, dont il ne livre toutefois que la trace : les bêtises commises serpont — pour des « raisons évidentes » — gardées hors de portée du blog du club.

« Quand on aime, il faut partir »

Le chemin de Célia vers cette dernière saison n’a rien eu de linéaire : elle a plusieurs fois envisagé d’arrêter, « surtout vers décembre-janvier », en plein cœur de saison, quand les entraînements pèsent et que la motivation s’effrite. Mais l’été revenait toujours à point nommé : les compétitions en extérieur, la bonne ambiance avec les copains, et l’envie repartait. Son conseil à celles et ceux qui hésitent à concilier haut niveau et études ou travail tient en un mot : profiter. « Des camps, des compètes, des copains. Au final, on ne garde que des chouettes souvenirs. » Elle ne ferme d’ailleurs pas la porte à la natation. « c’est sûr que je continuerai à nager 1 à 2 fois par semaine pour le plaisir parce que j’adore ce sport. » Sans compter qu’elle rejoindra le staff technique dès la saison prochaine en tant qu’adjointe au Chef technique. Ethan restera également pour transmettre son grand savoir aux plus jeunes, et ainsi faire vivre la relève.

Sur l’évolution du club, elle porte un regard lucide et confiant : le CNS s’est professionnalisé, une nécessité pour rivaliser avec les autres clubs, et retrouve aujourd’hui une stabilité au niveau du management et des entraîneurs. De quoi voir venir la suite avec sérénité — et une pointe d’impatience à l’idée de voir les nouvelles générations grimper les échelons. Elle-même ne quitte pas totalement l’eau : une à deux séances par semaine, pour le plaisir, parce qu’elle aime tout simplement ce sport. Il résume sa fierté avec simplicité : avoir fait de la natation de compétition, un sport qui exige tout — six entraînements par semaine, deux heures et demie de sport par jour — et avoir tenu ce rythme durant toutes ces années. Un regret ? Aucun. Pour les jeunes qui hésitent à se lancer dans la compétition en pensant avoir commencé trop tard, son message est direct : faire ce qui leur plaît, et oser. Aucune expérience n’est jamais perdue ; elle apprend toujours quelque chose.

C’est un au revoir qui ne se fait pas dans l’indifférence, et pas de ces adieu amères car on a trop donné. C’est un drapeau à damier après une belle course, où l’un comme l’autre ont pu montrer qu’ils sont encore en pleine possession de leurs capacités, et surtout, que l’amour pour la natation brûle toujours. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars. Et dieu sait s’ils ont aimé la natation.

Le club de demain

Depuis leurs débuts respectifs, le CNS s’est professionnalisé, « une nécessité pour rivaliser avec les autres clubs » abonde Célia, et retrouve aujourd’hui une stabilité au niveau du comité et des entraîneurs. De quoi voir venir la suite avec sérénité — et une pointe d’impatience à l’idée de voir les nouvelles générations grimper les échelons.

Ces nouvelles générations, elles sont là, chez les Performance, Futura, Kids, ou à l’école de nage. Des enfants talentueux qui ont la gagne, accompagnés par Charly pour en faire l’avenir du CN Sierre. Là où l’or a jadis triomphé, certains vont suivre les traces d’Ethan, Célia, Maéva, Sarah, Alfonse, Julie et bien d’autres encore.

Car l’avenir, prometteur, ne fait que commencer.

Catégories : Natation

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